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12/06/2019 - MELS DEES

Boek Gedrag en Veiligheid

PAS TOUJOURS SIMPLE D’ADOPTER UN COMPORTEMENT SUR AU TRAVAIL

Le Dr. Frank Guldenmund a publié un livre sur les comportements et la sécurité

Gedrag en Veiligheid est le titre du nouvel ouvrage du psychologue dr. Frank Guldenmund publié cette année. Un sujet déjà abordé de long en large par divers entraîneurs et coaches, mais sur lequel la science a encore beaucoup à apprendre. Total Industrial Maintenance a rencontré l’administrateur de l’Association néerlandaise pour la Sécurité (Nederlandse Vereniging voor Veiligheidskunde) afin d’approfondir le sujet.

DR. FRANK GULDENMUND

Frank GuldenmundFrank Guldenmund est professeur assistant au sein du Safety Science & Security Group de la Technische Universiteit Delft. Il travaille essentiellement dans le secteur de la sécurité sur le lieu de travail. Parmi ses recherches, il a étudié la modélisation et l’évaluation (de la qualité) des systèmes de gestion de la sécurité. Dans ce contexte, il s’est intéressé à la culture de la sécurité en entreprise.

Guldenmund organise chaque année une formation et des présentations sur la culture de la sécurité, à l’échelle nationale, mais aussi internationale. Il travaille e.a. comme formateur pour l’International Atomic Energy Agency (IAEA) dans le cadre de son programme d’autocontrôle de la sécurité.

Il a écrit plusieurs ouvrages sur la sécurité sur le lieu de travail et sur la culture de la sécurité.

COMPORTEMENT ET SECURITE

“Afin que tout soit bien clair: cet ouvrage a été écrit avec plusieurs auteurs (notamment Marius Rietdijk et Jop Groeneweg)”, explique Guldenmund. “J’ai écrit trois chapitres et supervisé la rédaction. Il s’adresse avant tout aux experts en sécurité: les professionnels qui étudient et sont responsables des mesures de sécurité en entreprise. Beaucoup ne s’en sortent déjà pas avec le comportement à adopter: il existe énormément de formations et de protocoles pour le changement d’attitude, mais sans les bases nécessaires. A partir de quelles idées (psychologiques) ces formations ont-elles été développées? Cela fait beaucoup pourtant.“

"Les comportements surs semblent ne pouvoir durer que lorsque l’on arrive a changer reellement ce qui se passe dans la tete de gens concernes"

NE PAS TOUT MISER SUR LE MEME CHEVAL

Guldenmund reconnaît que son livre ne propose pas un choix catégorique, mais propose une approche du comportement selon différents points de vue. Les facettes psychologiques, sociologiques et organisationnelles du comportement sont donc successivement abordées dans son ouvrage Gedrag en Veiligheid.

“Nous avons littéralement dézoomé: en commençant par le cerveau pour terminer par l’organisation. Une des principales conclusions à retenir: si vous voulez changer les comportements, vous allez devoir agir sur plusieurs fronts.“

QUATRE ELEMENTS-CLES

Chaque chapitre, sauf le dernier, aborde les quatre éléments-clés. “Autrement dit: je vais m’intéresser aux compétences. Vous allez donc devoir travailler l’extérieur de l’homme; lui apprendre quelque chose, l’envoyer en formation, etc. Vous pouvez aussi modifier l’environnement de l’homme. Il y adapte son comportement. Puis, viennent deux approches psychologiques, que j’ai baptisées la transaction et la transformation. Une transaction se fait entre celui qui veut modifier le comportement et l’autre qui doit changer et qui veut être récompensé pour cela. Dans le cas de la transformation, on va plutôt activer des motivations personnelles et faire appel à des valeurs et à des normes qui vont nous changer.“

Gedragsverandering

MAINTENANCE ET SECURITE

Frank Guldenmund met en lumière le fait qu’il existe de nombreuses stratégies de changement à appliquer dans ce modèle. La problématique spécifique de la sécurité est évidemment aussi au programme. “Le changement et l’évolution des cultures de la sécurité jouent ici souvent un rôle essentiel. Les équipes de maintenance engagées doivent rapidement comprendre comment les choses se passent, lorsqu’elles interviennent pour une entreprise. Et pas uniquement en ce qui concerne les règles, mais bien la façon dont il faut les interpréter. Cela peut être approximatif, ou bien très strict. Cet état d’esprit doit être rapidement assimilé et l’équipe doit être capable d’y adapter son comportement. Pas uniquement pour son bon fonctionnement, mais aussi pour sa propre sécurité.“

LES EXTERNES AU PILORI

“Ce qui est dommage, c’est que ce sont souvent des travailleurs de l’extérieur qui sont impliqués dans les accidents en entreprise. Pour éviter cela, il faut aborder la sécurité de manière systémique. Pas tant en termes de travailleur individuel ou de groupe qui a une tâche à exécuter, mais pour cibler le danger que peut représenter le système en tant qu’ensemble. Les conséquences qu’un acte d’un côté aura sur un procédé de l’autre côté.“ Selon Guldenmund, l’entreprise dispose souvent de ces connaissances, mais ne le transmet pas ou du moins pas assez aux personnes extérieures qui viennent travailler en leur sein (maintenance, p.ex.), avec les conséquences que l’on connaît.

LOTO
Il faut se demander si les protocoles LOTO (Lockout, Tagout) et LOTOTO (Lockout, Tagout, Tryout) cadrent avec la culture d’entreprise européenne

LOTO

Pour solutionner ce problème, il existe le système LOTO ou LOTOTO (Lockout/Tagout/ Tryout), rendu obligatoire par l’instance américaine en charge de la sécurité OHSA dans le cadre de travaux dans les systèmes high energy. LOTO est un protocole associé à un système complexe d’étiquettes, de verrous et de responsabilités personnelles. En Europe, il n’est pas (encore) d’application – et lorsqu’on lui demande si cela serait préférable, Guldenmund se montre plutôt hésitant. “Ce type de mesures physiques globales implique que des gens se dédoublent et finissent par s’y perdre.“

Oui, mais non?

Frank Guldenmund ajoute: “Cette solution est associée à la 'litigation society' qui incarne les Etats-Unis. Chacun peut être tenu pour financièrement responsable pour son comportement. Et cela a toutes sortes d’effets secondaires: les travailleurs vont cacher des choses, se taire et détourner des choses, au point qu’on est en droit de se demander si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Reste aussi la question du rendement d’un tel système. C’est un problème général: il est difficile d’établir scientifiquement le niveau d’efficacité des mesures de sécurité.“

CONTROLE DIFFICILE

Guldenmund s’explique: “Pour commencer, il est quasiment impossible de chiffrer le nombre 'd’incidents évités'. Et des incidents propres à la sécurité qui se sont produits, tous ne sont pas signalés. Mais ce n’est pas tout. Il y a quelques années, nous avons évalué le projet 'Renforcement de la Sécurité sur le Lieu de Travail' du ministère des Affaires sociales. Et parmi nos conclusions, il s’avérait que la personne qui se chargeait du projet dans chaque entreprise, était déterminante. Certains fonctionnaires en charge de la sécurité se sont montrés beaucoup plus efficaces que d’autres. Ce n’était donc pas la systématique de l’intervention qui comptait le plus, mais bien les caractéristiques personnelles liées à l’application des mesures – capacité à motiver, enthousiasme, etc.“

Veiligheidsinstructies
Même dans le cadre d’instructions de sécurité classiques, la personnalité de l’expert aura un rôle déterminant sur l’efficacité du programme

LE MATERIEL, MAIS PAS QUE

Mais au final, poursuit Guldenmund, il est possible d’établir une certaine hiérarchie. “Pour commencer, la sécurisation du matériel – barrières, verrous, mais aussi les mesures LOTO – reste l’élément phare. Mais vous devez aussi analyser ce que ces barrières physiques impliquent: souvent, les travailleurs les considèrent comme des obstacles, surtout dans les entreprises qui placent la productivité en priorité absolue et qui mettent les travailleurs sous pression. On peut alors être confronté à des comportements insensés, comme le fait de passer une barrière.“

SA PROPRE HISTOIRE

“Récompenser les comportements sûrs fonctionne, mais il faut que cela dure. Une fois que l’on a obtenu la récompense, la sécurité peut passer au second plan. Les comportement sûrs semblent ne pouvoir durer que lorsque l’on arrive à changer réellement ce qui se passe dans la tête de gens concernés. Chacun a sa propre histoire en fonction de ce qu’il fait: quand il s’agit de soi-même, on se trouve des raisons, des excuses, des échappatoires, des justifications pour toutes les manipulations. Et c’est au cœur même de cette histoire que l’expert en sécurité doit intervenir pour changer les choses.“